Home À la Une Exclu – Ligue 1 : L’Arbitrage vu par un arbitre

L’arbitrage n’intéresse personne puisque le centre d’attention est le jeu : les joueurs, les dribbles, les passes et les buts. Seulement, sans arbitre, il n’y a pas de match. Tout le monde pourrait tricher, s’écharper et aucun match n’irait à son terme. Pourtant, tout le monde tire à vu sur les hommes en noir (ou jaune, gris ou vert). Europafoot zoome aujourd’hui sur l’avis précieux d’un arbitre qui se trouve être partie intégrante de notre rédaction !

Un arbitre, qu’est-ce que ? Un homme (ou une femme) qui est un directeur de jeu, le maître du jeu car dispose des pleins pouvoirs. Mais comme le dit une réplique culte de film qui m’est chère : « un grand pouvoir, implique de grandes responsabilités » (Spiderman). Qui suis-je pour vous parler de ce sujet avec tant d’engouement ? Un arbitre, qui d’autre ?

L’arbitre est donc un personnage central, unique et primordial. C’est pour cela qu’il est autant protégé et que toute violence à son encontre est sévèrement réprimandée.

Arbitrer, c’est une concentration de chaque instant. Fort heureusement, nous ne sommes pas seuls sur le terrain, au moins 3 ou 4 ou 6 selon les compétitions. Cela permet d’avoir différents angles et de pouvoir échanger sur ce que nous avons vu. Il est dit que : « il n’existe pas de mauvaises décisions mais seulement de mauvais placements ». Cette phrase est juste, bien que trop absolue. En effet, combien de fois m’est-il arrivé d’être parfaitement placé mais qu’à l’instant T (celui de la faute commise en général) un joueur extérieur à l’action passe devant moi et me coupe la vue ? On peut toujours donner le meilleur de soi même, mais ce n’est malheureusement pas toujours suffisant.

Une erreur, ça arrive, un joueur peut manquer un contrôle ou une passe, nous, un tirage de maillot ou un coup de coude.

La gestion du match

Avant toute rencontre, j’ai la chair de poule de par cette toute puissance concentrée dans un sifflet et une paire de cartons. Je sais pourquoi je suis là et je sais ce que 22 joueurs, 6 remplaçants, 2 entraîneurs et quelques dizaines de supporters attendent de moi. C’est une pression positive visant à accentuer ma concentration et ma réflexion afin de prendre les meilleures décisions sur le tapis vert.

Le respect est la première variable, le vouvoiement est de rigueur. Sans diplomatie, tact et psychologie, le match prend déjà une mauvaise tournure avant d’avoir commencé. L’arbitre n’est pas un gendarme.

La première mission d’un officiel est la protection des joueurs (logique, quand on voit le genre de blessures que peut engendrer ce sport). Tout individu n’étant pas venu pour jouer au football est prié de regagner les vestiaires avant les autres. Cette mission est jumelée dans la hiérarchie des prérogatives arbitrales avec celle de ne pas influencer le match : entendez, ne pas influer sur le score d’un match par de mauvaises décisions. Pour cela, arbitrer demande beaucoup de courage. Il faut pouvoir, le moment venu, prendre les décisions qui s’imposent comme de siffler un coup de pied de réparation. En cas de doute, on peut ne pas oser par peur de prendre la mauvaise décision, alors que c’était justement celle à prendre… tout peut aller très vite dans un match ! Les réactions en chaîne sont monnaie courante.

Pendant le match, les joueurs sont, ou pas, c’est la loterie, corrects ou non. S’ils ne jouent pas le jeu, on recadre. Quand ça reste de petites véhémences (sans insultes) isolées que personne n’a entendu, on peut laisser passer (ex : « il est aveugle l’arbitre »). En revanche, un joueur ou un dirigeant ayant des propos ou des gestes graves sera exclu sans hésitation, mais avec courtoisie. Mon expérience montre que les insultes restent assez rares, ou du moins, pas assez audibles la plupart du temps. Une fois, j’ai été insulté (ce n’était pas la première fois de ma carrière). J’ai exclu le joueur. Il m’a dit qu’il ne sortirait pas. Finalement, il m’a jeté une bouteille derrière la tête. Deux ans de suspension.

Logiquement, au niveau professionnel, ça n’arrive pas (Leonardo?). En revanche, personne ne peut empêcher des « supporters » de balancer tous les noms d’oiseaux leur passant par la tête (on ne peut pas éduquer tout le monde).

Mon refrain préféré : « De toute façon, vous sifflez tout pour eux. »

De fait, les acteurs du jeu ont beaucoup de mal à ne pas manifester leur désapprobation (on n’est pas au rugby où l’arbitre est toujours respecté, malheureusement). Alors il y a contestation et contestation. Ça va de la petite remarque, dite avec le sourire, en passant par le geste du bras : « y’a rien là » dans le genre désabusé, au « face to face » avec postillons dans la tronche. Les remarques, quelles soient virulentes ou simples, de par leur répétition, contribuent à faire sortir un arbitre de son match. C’est pourquoi il faut rapidement endiguer tout phénomène abusif et pénible en faisant d’abord des rappels à l’ordre voire en délivrant des avertissements (cartons jaunes) selon le degré de la manifestation. Soit le ton est trop élevé, soit le geste d’humeur comme dégager le ballon ou effectuer un mouvement du bras est visible par tous et notamment les spectateurs. Et oui, nous arbitrons non seulement pour les joueurs mais également pour toutes les personnes extérieures (bancs de touche et spectateurs).

Cette sortie de route, on la voit plus ou moins régulièrement de la part d’arbitres dans des matchs professionnels, où, après un fait de match important qu’ils ont mal géré, ils n’y sont plus pendant plusieurs minutes, et pour cause, ils repensent (ça m’arrive) à ce qui vient de se produire et ce qu’ils auraient dû faire de mieux (c’est un tort). Alors qu’on réfléchit à une potentielle erreur précédente, on se met en danger en n’étant plus concentré et en commettant de nouvelles fautes. Il y aura tout le temps, une fois la partie terminée, pour « refaire le match » et analyser le pourquoi du comment.

La contestation n’apporte rien au jeu, à part déstabiliser l’arbitre et doucement mais sûrement, rapporter un avertissement au joueur concerné (Verratti, pour ne citer que lui, bien connu des arbitres de L1). Les joueurs connaissent le système, sont des professionnels, mais vont quand même jusqu’au bout pour le recevoir, comme s’ils en avaient besoin… et finissent pas obtenir des matchs de suspension (accumulation de jaunes) et manquer à leur équipe. C’est triste et navrant, mais c’est plus ou moins une fatalité, j’en ai peur.

Le hors-jeu

De mon point de vue (de celui des arbitres en général), le plus difficile à juger, c’est le hors-jeu. Les arbitres assistants (et non pas arbitres de touche) ont cette mission parmi tant d’autres, mais elle est leur principale, l’essentielle et la seule qui soit vitale, si j’ose dire ! Lorsqu’un assistant doit à la fois regarder sa ligne de touche (pour les sorties du terrain) et sa ligne de hors-jeu, regarder à deux endroits à la fois, c’est là toute la difficulté de la tâche. Pour rappel, en cas de doute, pour toutes les situations de jeu, la règle est celle de l’avantage à la défense, par principe. En revanche pour le hors-jeu, c’est l’exception, on avantage l’attaque !

Plusieurs fois, lors de matchs télévisés, je me suis bien aperçu qu’un assistant était mal placé car en avance ou en retard sur cette fameuse ligne de l’avant dernier défenseur (on a tendance à oublier cette règle qui fait que si le gardien est très avancé sur le terrain, il faut 2 défenseurs pour couvrir le hors jeu). Quand cette situation se produit, il devient très approximatif de juger la situation car pour 1 mètre ou 2 d’écart, le jugement sera faussé. Il faut être parfaitement aligné pour prendre la bonne décision. Compliqués aussi les cas de joueurs masqués au fond du terrain (« deuxième poteau » et plus) par certains de leurs coéquipiers en position illicite également, qui sont plus proches de l’assistant. On peut alors penser qu’ils viennent de surgir, sans certitude pour autant. Pour ce genre de situation, la vidéo s’impose.

Nantes -Guingamp, samedi dernier, les Canaris remportent le match sur un but irrégulier à la 85ème minute. 1-0 score final. Lorsqu’on regarde les images, l’assistant est mal placé puisqu’en décalage par rapport à sa ligne. Pourtant l’action n’était pas particulièrement problématique dans sa configuration. On peut alors penser que la fatigue en fin de match ainsi qu’un ballon perdu très rapidement par la défense, de manière plutôt ridicule, ont pu peser sur l’arbitre. Seulement, s’il est en Ligue 1, c’est qu’il est parmi les plus compétents et ne peut donc admettre de telles excuses pour des erreurs qui passeraient inaperçues à l’étage amateur (pas de vidéo, pas de témoins). Il a eu un relâchement coupable, et à ce niveau, les conséquences sont importantes. Gourvenec est furieux et personne ne peut lui en vouloir.

A l’inverse, j’entends souvent des gens se plaindre de « micro hors-jeu » (moins de 50cm) pour une histoire de bras ou de jambes légèrement avancés par rapport au défenseur (mis en lumière par le révélateur télévisé). Ces hors-jeu n’ont pas lieu d’être puisque rentrent dans la catégorie « doute à vitesse réelle » (puisque l’assistant n’est pas un robot) et donc comme déjà dit : avantage attaque.
Ce que je ne comprendrais jamais en revanche, vus de nombreuses fois, ceux sont les hors-jeu inexistants levés par les assistants. Mauvais placement, problème de vision ? C’est rageant ! (au moins autant que les hors-jeu oubliés)

La vidéo

Cela ne concerne que le football professionnel puisque les matchs ne sont pas filmés en amateur. Les intérêt sportifs et financiers sont tels que c’est une véritable hérésie de se priver de ces moyens technologiques. Certes les avis sont très partagés sur le sujet mais pour ma part, leur utilisation c’est une évidence.

La « Goal Line Technology » vient d’arriver en L1 cette saison. Evidemment, c’est un premier pas mais ça reste quelque chose de rare. Si cet outil sert 10 fois sur toute la saison, on aura de la chance. Mais ne vous méprenez pas, je ne dénigre pas cette technologie. Je veux juste remettre les choses à leur place. Tout ce qui peut être utile est bon à prendre. Je voulais seulement signifier que c’est une goutte d’eau dans l’océan et j’espère, que cette première mesure, sera suivie par de nombreuses autres : hors-jeu et coup de pied de réparation (penalty).

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Pour conclure, je voudrais déclarer que dire des arbitres français qu’ils sont mauvais et surtout, plus nuls que les autres, est de la diffamation. Nous sommes Français, vivons en France, nous mangeons donc de la L1 à tous les repas. Canal + nous propose de beaux résumés montrant à chaque fois les erreurs de mes collègues. Ainsi, tous les week-ends nous avons droit à tous les manquements du corps arbitral. Du coup, on se dit : « c’est vrai quoi, tous des charlots ! ». Parce que vous pensez que c’est mieux chez les voisins ? Détrompez-vous. Je regarde régulièrement des matchs de Premier League (le championnat numéro 1 au monde, what else?) et je vois constamment des erreurs. Idem lors de matchs de coupe d’Europe. Rien que sur la double confrontation PSG/Chelsea l’an passé, il y avait de quoi écrire un bouquin ! Pourtant aucun Français n’officiait au centre du terrain. En France, nous n’avons pas de problème d’arbitrage davantage qu’ailleurs, mais une surmédiatisation du sujet car il est vrai que notre réputation nous précède : nous sommes de gros râleurs ! Bielsa est peut être fou, mais bien des individus (joueurs et surtout entraineurs) feraient bien de prendre exemple sur lui, car jamais il n’a eu de critiques envers les directeurs de jeu.

Les amateurs éclairés du football européen témoigneront qu’une faute oubliée, un penalty sifflé injustement, ou, injustement non sifflé. Tel est par conséquent le pain quotidien des supporters de bien des provenances !